Comment raconter l’horreur à nos enfants suite à l’attentat à Charlie Hebdo

Mains

Je regardais distraitement mon fil twitter quand la purée chauffait. nous allions passer à table. Les enfants patientaient devant un dessin animé. Et puis j’ai vu l’annonce de la fusillade à Charlie Hebdo.

Distraitement j’ai lu l’atrocité..

Mais il fallait manger. Les enfants s’impatientaient et la fatigue les gagnait.

Nous avons fini de déjeuner dans la bonne humeur. La gorge serrée j’ai repris mon fil twitter.

L’horreur s’étalait sous mes yeux. De l’atrocité anonyme, les morts ont eu des visages. Cabu, Wolinski, Charb, Tignous.. Je suis restée choquée et horrifiée devant mon écran. L’interrogation précédait l’indignation, la colère, la peur aussi. Je n’ai pas allumé ma télé, je n’ai pas écouté les infos j’ai juste controlé les mots que j’infligeais à mon cerveau. Je suis restée prostrée à regarder s’écrire l’histoire.

Puis l’heure du gouter.

La vie m’a sortie de ma stupeur. Il a fallu étaler le beurre et le chocolat. J’ai fait des devoirs de Ce2. Je les ai regardé danser et chanter.Entre deux mondes. La naïveté de l’enfance qui colore la journée avec des paillettes et le noir de la barbarie.

Et puis le questionnement. Que dois-je leur dire?

Je sais que je ne dois pas les laisser dans une bulle de douceur permanente. Je dois les protéger aussi en leur parlant en leur racontant le Monde qu’il ne grandisse pas dans l’ignorance. Je dois leur transmettre des valeurs d’humanité de solidarité. C’est eux l’avenir. Ils doivent continuer de croire que la vie peut être belle et qu’il ne faut pas s’abandonner et continuer de défendre ses convictions, que la haine est intolérable. Je veux leur dire que les mots doivent continuer de s’écrire toujours, les dessins doivent continuer d’exister. Je dois leur raconter aussi qu’aujourd’hui, le pire a eu lieu, que la justice vaincra, je dois leur dire combien les hommes descendent dans la rue pour se donner la main et se rassembler pour être plus fort.

Je dois.

J’ai une boule au ventre, la gorge nouée et les mains moites.

Voilà.

Je lui ai dit à lui mon 8 ans, si grand. Les mots débordaient je devais le faire. Ma voix tremblaient. Je lui ai raconté. Il a écouté. Il est resté très concret. Il était quelle heure m’a t-il demandé? J’ai parlé des dessinateurs qui travaillaient dans un journal, des deux hommes qui en ont tué douze, des 3000 policiers et des millions de gens indignés qui descendaient de partout dans les rues.Et puis j’ai insisté sur le fait qu’il devait nous parler si il avait des questions ou des inquiétudes. Il a pas semblé inquiet et a repris une activité normale.

Je n’ai rien dit encore à ma presque 5 ans mais je sais que nous devons aussi le faire les mots seront plus simples encore…

Il est 18h30, les enfants regardent à la télé un dessin animé, la pat patrouille sauve des gens et tout se finit bien. Je vais devoir réfléchir au diner, les laver et les coucher.

Mon coeur est dans la rue et mon âme auprès des familles des victimes. Mes prières païennes s’élèvent et défendront à jamais la liberté d’expression. Les mots qui sauvent, les mots qui libèrent, les mots qui nous rendent Homme.

Ce soir plus qu’aucun autre soir je suis Charlie

 

18 commentaires

  1. Céline

    Wow touchant et super les mots vont prendre leur place dans leur tête…puis viendront les questions ou pas d ailleurs….même à 5 ans ils ont un avis déjà…courage !

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  2. Madame

    Nous avons choisi d’expliquer à notre fils, il nous a demandé pourquoi on fabriquait des armes, je n’ai pas eu de réponse.

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  3. Maman Prout

    Mes larmes affluent à la lecture de ton billet. Moi je n’ai rien dit à ma 4 ans et demi. Aucun mot. Ai-je eu raison?

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  4. FoxyMama

    Bordel, c’était dur de leur dire !!! Mais c’est tellement important qu’il sachent, pour que jamais ils ne baissent le poing

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  5. Marjoliemaman

    Oh punaise, nos journées ont été tellement similaires… Ils m’ont vues pleurer alors je leur ai dit. Avec les mots les plus doux possible mais je sais que pour eux, cette journée restera gravée quelque part et qu’elle marquera la fin ou le début de quelque chose.

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  6. Mamy

    Bonjour,
    oui, c’est très difficile d’expliquer à un enfant ce fait mais il faut exactement du courage pour le faire car les enfants ont aussi le droit de savoir la vérité : cette cruauté de la vie

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  7. Amélie Epicétout

    La mienne est beaucoup trop petite pour y comprendre quelque chose mais elle est très curieuse de nature. Si elle me pose des questions je lui répondrait simplement. La journée du 7 janvier restera très étrange dans nos coeurs de maman. Les voir rire d’un côté et lire l’horreur de l’autre.

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  8. Sophia

    « Je suis Charlie » veut bien dire pour tous que, contrairement à ce qu’expriment les lâches tueurs, nous avons le droit de caricaturer Mahomet comme d’autres personnages ; c’est notre liberté d’expression qui est en jeux et plus largement notre justice, notre droit et notre démocratie.

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  9. IsaBdx

    Il y a un an, ce jour là, j’étais dans la voiture avec un mon fils de 11 ans – je venais de le récupérer au collège, chose que je ne fais jamais.
    La radio était allumée … Et là l’horreur !
    On a écouté … sans rien dire …. au bout de quelques secondes, ma première réaction a été de vouloir éteindre la radio – je sentais que quelque chose de terrible se passait, j’avais envie de le préserver.
    Sa main m’a arrêtée, on s’est regardé …. sans rien dire. Je n’ai pas coupé la radio. Nous avons fini notre trajet, en silence.
    Hier, le 7 janvier, il m’a dit : « Maman, tu te souviens … On était dans la voiture ».
    J’ai retrouvé dans ses yeux la douleur et l’incompréhension que j’avais vu un an plutôt.
    les mêmes que celles du 13 novembre au soir.

    Merci pour ce partage.

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