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Quelle aide pour conjoint dépressif ?

Jessica
Par Jessica
20 mars 2024 21

Pour accompagner un proche dépressif, il est essentiel de faire preuve d’écoute, de soutien et de lui proposer des activités adaptées, sans jugement ni remise en question de son traitement médical. Cependant, il arrive souvent que l’on se sente impuissant et que nos efforts pour aider soient inefficaces. Voici quelques conseils d’experts pour soutenir cette personne et préserver notre relation de couple.

En 2021, près de 13% des personnes âgées de 18 à 85 ans ont été touchées par la dépression, une augmentation alarmante depuis 2017, selon Santé Publique France. Cela peut avoir un impact important sur le couple. Il est essentiel de soutenir un proche souffrant de dépression. Voici quelques conseils pour y parvenir.

Le rassurer et lui montrer son soutien

Lorsqu’une personne souffre de dépression, elle peut se sentir coupable et avoir une estime de soi altérée. Il est donc important de lui montrer qu’on la comprend et qu’on l’aime malgré sa maladie. On peut prendre régulièrement du temps avec son conjoint, l’écouter sans l’interrompre lorsqu’il a besoin de parler, et utiliser des phrases rassurantes telles que « je sais que tu ne le fais pas exprès », « je t’aime comme tu es » ou encore « je suis là pour toi, avec toi ».

S’entretenir avec le médecin qui le suit

Il est recommandé de demander à participer à une séance avec le psychologue, le psychiatre ou le médecin généraliste qui suit son conjoint. Cela permet de mieux comprendre la maladie, d’utiliser les bons mots, et de savoir à quoi s’attendre.

Continuer à proposer des activités, mais adaptées

Les personnes dépressives ont souvent moins d’énergie et moins d’envie de sortir. Il est donc important de ne pas se décourager face à leurs réponses négatives. Pour éviter l’isolement, il est nécessaire de suggérer des activités, mais sans les imposer, afin de ne pas les mettre en situation d’échec. Il est recommandé d’adapter les propositions en fonction de leur niveau d’énergie et de leurs capacités. Par exemple, proposer une courte marche ou une séance de cinéma l’après-midi si elles sont très fatiguées le soir. Il est préférable de poser des questions fermées plutôt qu’ouvertes pour faciliter la prise de décision.

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Les phrases à bannir

Il est important d’éviter certaines formules culpabilisantes telles que « secoue-toi », « fais un effort », « tu as tout pour être heureux(se) », « tu ne peux pas dire ça, pense à tes enfants »… On oublie !

Ne pas dénigrer son traitement

La dépression peut être efficacement traitée avec un traitement adapté. Il est donc essentiel d’éviter les discours négatifs sur les médicaments prescrits, comme par exemple dire que c’est « un peu fort » ou que cela va « complètement droguer » la personne. Il faut encourager son conjoint à continuer malgré les effets secondaires normaux tels que les nausées qui disparaissent généralement au bout de quelques jours.

Aider sans infantiliser

Prendre en charge certaines tâches du quotidien montre qu’on comprend et qu’on accepte la fatigue de son conjoint. Il ne s’agit pas de tout faire à sa place, car il a également besoin de se sentir utile et valorisé. On peut proposer de faire les courses ou accompagner à un rendez-vous en demandant simplement « Est-ce que tu préfères que je fasse les courses aujourd’hui ? » ou « Est-ce que tu veux que je t’accompagne à ton rendez-vous ? ». Cela permet également de se sentir moins impuissant face à la maladie.

Essayer de ne pas prendre les choses personnellement

Il est normal de se sentir rejeté face au manque de désir, à l’irritabilité ou à l’agressivité de son conjoint dépressif. Cependant, il est important de comprendre que ces comportements ne sont pas dirigés contre nous. La personne dépressive peut dire des choses qu’elle ne pense pas ou avoir un comportement influencé par sa maladie. Il faut donc prendre du recul et ne pas prendre ces choses personnellement.

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Garder un lien physique

Il est fréquent que la dépression affecte la sexualité, notamment en réduisant le désir, surtout lorsque des antidépresseurs sont pris. Il est donc important de maintenir le contact tactile pour éviter de s’éloigner. Cela peut passer par des câlins, un bain à deux ou simplement se tenir la main. Il est possible de proposer un massage en spécifiant qu’il n’y a pas d’arrière-pensée.

Prendre du temps pour soi

La dépression impacte également la personne du couple qui n’est pas touchée. Il est essentiel de se préserver et de conserver assez d’énergie pour ne pas s’effondrer. Cela peut passer par des activités individuelles (sport, sorties, etc.) afin de ne pas renoncer à sa vie sociale. Il est toujours important de vérifier si notre conjoint a besoin de nous avant de s’absenter ou si on peut le laisser seul un moment. Il est également normal d’éprouver des émotions telles que la tristesse, la nostalgie, la colère ou le découragement. Il peut être bénéfique de trouver un espace où exprimer ses émotions, que ce soit auprès de ses amis ou en consultant un psychologue.

3 choses importantes à comprendre sur la dépression

Il est essentiel de comprendre que la dépression impacte tous les aspects de la vie. Il s’agit d’un ralentissement général qui peut affecter l’humeur, l’énergie, l’appétit, le sommeil, la libido, les capacités cognitives et l’estime de soi. Il faut également savoir que la dépression n’est pas une question de volonté. Il s’agit d’une véritable maladie avec une origine biologique. Enfin, il est important de comprendre que guérir de la dépression prend du temps. La maladie ne disparaît généralement pas d’elle-même et nécessite un traitement via une psychothérapie et des médicaments adaptés. Même si les antidépresseurs peuvent améliorer l’état en quelques semaines, il est souvent nécessaire de les prendre pendant six à neuf mois, voire plus.

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Témoignage de Jean-Paul, 62 ans : « Ma femme est dépressive »

Jean-Paul, retraité de 62 ans dans l’est de la France, témoigne de la dépression de sa femme. La dépression de sa femme a commencé vers la cinquantaine, probablement déclenchée par la ménopause et un traumatisme qu’il a vécu. Elle travaillait comme secrétaire médicale dans un cabinet avant d’être licenciée, ce qui a entraîné sa dépression.

Dans les mois qui ont suivi, elle a démarré son propre entreprise, mais cela était très stressant pour elle. Elle passait ses soirées au lit et les week-ends également. Le couple a commencé à se distancer et ne recevait plus d’amis à la maison. Jean-Paul s’est alors interrogé sur le lien entre son bonheur et la maladie de sa femme, mais il a toujours choisi de continuer à vivre sa vie.

Il a essayé de soutenir sa femme en lui proposant des activités et en l’accompagnant en cure thermale, mais elle a souvent peur de sortir et de participer à des événements sociaux. Jean-Paul a également consulté un psychologue pour lui-même, ce qui l’a aidé à faire un travail sur lui-même et à prendre du recul sur la maladie de sa femme.

Il avoue avoir peur pour l’avenir, car sa femme a déjà fait plusieurs tentatives de suicide. Cependant, il continue de l’aimer et de rester à ses côtés, même s’ils n’ont plus de vie de couple.

Le témoignage de Jean-Paul montre que la dépression peut avoir un impact important sur le conjoint et qu’il est nécessaire de trouver un équilibre entre soutien et préservation de sa propre vie.

Sources :
– Amour, sexe & dépression, Laurence Dispaux, éd. La Musardine, 18,50 € (septembre 2023)
– Aidez vos proches à surmonter la dépression, Dr Jérôme Palazzolo, éd. Hachette, Pratique, Ebook, 10,99 €.

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